Les débats autour du no-kill
Certains biologistes et défenseurs des animaux soulignent toutefois que le no-kill n’est pas exempt d’impact : le stress, les blessures internes et la fatigue peuvent parfois entraîner la mort différée du poisson. D’autres estiment que cette pratique, bien encadrée, reste une compromis vertueux entre passion et préservation.
La clé réside donc dans la formation, la sensibilisation et la rigueur des pêcheurs afin que le no-kill reste fidèle à son esprit initial : donner au thon rouge une seconde chance.
Le no-kill du thon rouge représente une évolution majeure de la pêche sportive : une alliance entre plaisir, science et respect du vivant.
En favorisant la connaissance et la survie de ce géant des mers, les pêcheurs deviennent les gardiens d’un patrimoine naturel qui, autrefois menacé, a désormais une chance réelle de perdurer.

Un géant des mers longtemps surexploité
Le thon rouge (Thunnus thynnus), emblème des grands pélagiques de l’Atlantique et de la Méditerranée, a longtemps été victime d’une pêche industrielle intensive. Entre les années 1990 et 2000, la surexploitation a entraîné un effondrement dramatique de ses populations. L’Union européenne et la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA/ICCAT) ont alors imposé des quotas stricts, des périodes de fermeture et des contrôles renforcés.
Ces mesures ont porté leurs fruits : depuis une dizaine d’années les stocks se reconstituent progressivement. Dans ce contexte, la pêche sportive s’est adaptée à la fois aux exigences de conservation et à une nouvelle sensibilité environnementale : le « no-kill ».
Le principe du « no-kill » appliqué au thon rouge
Le « no-kill » (ou « capture et remise à l’eau ») consiste à capturer un poisson dans le respect des règles sportives, à le mesurer, parfois à le marquer à des fins scientifiques (biologiste uniquement) puis à le relâcher vivant et dans les meilleures conditions possibles.
Dans le cas du thon rouge, ce principe prend une dimension particulière :
- Le poisson peut dépasser 2 mètres de long et 200 kg ou plus
- Le combat est souvent long et éprouvant aussi bien pour le pêcheur que pour l’animal
- La survie du thon après la remise à l’eau dépend fortement des techniques utilisées.
C’est pourquoi la pratique du no-kill du thon rouge est strictement encadrée. En France, elle est autorisée sous autorisation spécifique (BFT “no-kill”) délivrée par l’administration maritime. Les pêcheurs doivent être inscrits sur un registre officiel et suivre des règles précises. L’autorisation est valable un an, du 1er juin au 15 novembre.

Pour maximiser les chances de survie du thon, plusieurs bonnes pratiques s’imposent :
- Utiliser un matériel adapté : cannes et moulinets puissants afin de réduire la durée du combat
- Minimiser la manipulation et le stress en limitant le temps de contact avec le thon
- Relâcher le thon dans de bonnes conditions physiologiques en le maintenant dans le courant pour favoriser la réoxygénation. J’utilise mon moteur avant Minnkota pour ça, en vitesse 7/8.
- Utiliser une pince adéquate pour maintenir la gueule du poisson dans l’eau et l’écarter de la coque ou des boudins pour éviter qu’il se tape sur des éventuels coups de gueule.
- Le thon ne possède pas de muscle au niveau des branchies pour s’oxygéner à l’arrêt, il doit donc nager pour s’oxygéner. D’où l’importance de ne jamais le monter à bord comme notifié dans l’arrêté.

Une philosophie avant tout
Le no-kill du thon rouge dépasse le simple cadre sportif : il incarne une philosophie de respect et de responsabilité. Les pêcheurs deviennent des acteurs de la préservation, des observateurs privilégiés de la vie marine.
Cette approche favorise aussi un tourisme halieutique durable, notamment sur les côtes méditerranéennes françaises, espagnoles et italiennes, où les clubs de pêche labellisés no-kill se multiplient.


François Michon

