En septembre dernier, j’ai eu la chance de venir pêcher en Suède chez Alban, un ami de longue date. J’avais alors découvert tout le potentiel de la pêche à pied et l’envie de revenir pour un séjour exclusivement consacré à la pêche du bord s’était rapidement imposée.
Mon complice de tous les jours, Vincent, est de la partie : un binôme explosif ! Au programme, huit jours de pêche à la recherche des truites et des brochets, avec, si possible, quelques belles surprises…
Alban nous concocte un programme à notre mesure : trois jours dans un chalet perdu au fond des bois, sans eau courante ni électricité, avec cinq lacs à truites accessibles à portée de lancer. Le reste du séjour se déroulera dans son superbe camp. Sans oublier qu’à cette période de juin, il ne fait jamais totalement nuit ! Le tout rythmé par des météos changeantes et des nuées de moustiques : ici, la routine n’existe pas. Le dépaysement est total, et c’est justement ce qui fait tout le charme de l’aventure.

Des farios aux couleurs incroyables peuplent ces eaux sauvages. Nos cannes à truites sont des Tenryu Injection, parfaitement adaptées à nos prospections dans ces zones de tourbières. Mon moulinet est garni de tresse Xbraid Upgrade X8 en 16 lb, soit du PE 1, avec un bas de ligne en nylon de 30/100 : du costaud pour affronter ce milieu encombré de nénuphars, d’herbiers et d’arbres morts particulièrement piégeux.
Côté leurres, je ne me complique pas trop la vie avec une sélection de Ryuki. Le Ryuki 70S sera rapidement mon favori : un leurre qui se lance loin, qui peut être laissé couler et qui conserve une nage efficace quelle que soit la vitesse de récupération. Vincent, de son côté, adopte une approche plus polyvalente. Excellent testeur et véritable baromètre de ce qui fonctionne ou non, il explore différentes options. À nous deux, nous couvrons du terrain et multiplions les chances de trouver les poissons actifs.

Des truites, nous allons en prendre beaucoup, parfois au large, en surface ou au ras du fond. Certaines attaques se produiront même dans nos pieds, de quoi faire monter le rythme cardiaque ! Le point commun de toutes ces captures reste la beauté exceptionnelle de ces poissons. Dans ces eaux de tourbières teintées, leurs robes sombres offrent des couleurs absolument magnifiques. Beaucoup de poissons oscillent entre 40 et 50 cm : un véritable régal.
Nous prospectons les cinq lacs avec succès, chacun révélant toutefois des comportements différents selon l’activité des truites. Le chalet situé à deux pas constitue un avantage certain, permettant de multiplier facilement les sessions et de profiter pleinement de ces lieux sauvages.

La récompense ! Le premier soir, nous partons à pied depuis notre chalet pour tester le lac le plus proche. Nous arrivons sur la zone la moins profonde du lac, bordée par une ceinture de tourbière qui impose la plus grande prudence dans nos déplacements. Il est en effet facile de passer à travers la tourbe et de se retrouver littéralement piégé, suspendu au-dessus du vide !

Ces spots peu profonds ne nous ont, pour le moment, rien rapporté. Je lance tout de même pour voir, et au deuxième passage, c’est la grosse touche sur mon Ryuki 70S. Les coups de tête sont amples et le poisson fait immédiatement chanter le frein ! Vincent est aussitôt à mes côtés. Dans cette eau couleur thé, impossible de distinguer le poisson avant les derniers mètres. Et à seulement cinq mètres de nous, la truite nous offre une cabriole d’anthologie ! Double montée d’adrénaline : c’est du lourd !
Elle tente à plusieurs reprises de s’engouffrer sous la berge, car ces bordures de tourbière sont creuses. Un piège redoutable pour les hameçons, d’autant plus qu’un seul est solidement piqué tandis que le second pend dangereusement. La qualité du matériel m’apporte une aide précieuse et je parviens finalement à amener la truite dans les mains expertes de mon pote. Premier passage sur la berge, il la dépose délicatement sur la mousse… Quelle bête, avec des couleurs incroyables !
Place à la séance photo, aux mesures, puis au relâcher dans d’excellentes conditions. Le rêve ! Une truite de 63 cm, avec une épaisseur de corps impressionnante.

Un jour sur la rivière Banban… Nous profitons d’une journée à la météo particulièrement stable pour partir à la découverte d’une magnifique rivière. Un véritable sanctuaire pour les truites, les ombres, quelques brochets… et une quantité impressionnante de moustiques ! Un seul mot d’ordre : s’amuser ! Et c’est exactement ce que nous allons faire dans ce décor merveilleux. Une rivière assez large, une eau parfois tumultueuse, des postes aussi nombreux que variés et une progression le long des berges qui n’est pas toujours évidente.
Nous ne croiserons personne, comme durant l’ensemble de notre séjour, quelle que soit l’espèce recherchée. Nous choisissons volontairement les portions de rivière les plus sauvages et les plus difficiles d’accès, et ce choix finit par payer. Nous relâchons plus de 70 salmonidés : rien d’énorme, mais rien de petit non plus. Truites et ombres se succèdent, sans dépasser les 50 cm. Avec ma chance habituelle, je pique même un joli brochet dans mes pieds qui, par bonheur, ne coupe pas mon petit bas de ligne !
Nous avons du mal à nous arrêter tant cette pêche est ludique. Toute ma gamme de Ryuki est testée avec succès. Côté coloris, rien de vraiment déterminant : c’est surtout le maniement qui fait la différence. Parfois rapide, parfois lent, il faut tout essayer pour déclencher les attaques.
Je pense que les moustiques m’ont prélevé facilement 12 litres de sang, voire davantage ! Mais peu importe, ce genre de conditions ne nous dérange absolument pas. Elles font partie intégrante de l’aventure !

Cocktail d’émotions pour ce premier jour dédié au brochet !
Côté logement, nous avons réintégré le lodge d’Alban, le Lappland Fishing Pro Natur. Du confort, mais aussi des informations précieuses directement à domicile !
Nous décidons de pêcher un secteur situé bien en aval d’un barrage, avec des niveaux d’eau qui peuvent être très variables et difficiles à anticiper : une véritable loterie. L’accès se mérite, avec une belle marche à travers la forêt, entre blocs rocheux et relief accidenté. Nous ne nous encombrons pas : une seule canne pour cette expérience. J’ai en main une puissante Tenryu Diablo, un modèle un peu surdimensionné pour la situation, mais qui me permet de propulser les leurres à des distances impressionnantes. Sa longueur de 2,50 m est également un véritable atout pour éviter les énormes blocs rocheux qui parsèment la rivière. L’ensemble est complété par une tresse XBRAID en PE 1.5. Et je n’oublierai jamais ce premier lancer…

Dans une « retourne », peu d’eau et un lancer court pour simplement observer la nage de mon Glide. Tout se passe parfaitement, jusqu’au moment où, dans cette faible profondeur, j’aperçois un tronc d’arbre qui suit mon leurre. On jurerait un silure tellement la masse est imposante ! Un véritable monstre de l’espèce. Au dernier moment, le brochet attaque en faisant demi-tour. Alors que je m’attends à une énorme tension, ma canne se détend brutalement et mon bas de ligne en fluorocarbone de 80 lb est sectionné net. Terrible… Le Glide au coin de la gueule, le brochet repart lentement.
C’est la première fois depuis ces cinq dernières années, et après plus de 1 000 brochets capturés, que je me fais couper. Je perds le seul poisson qu’il ne fallait absolument pas perdre ! Aucun énervement cependant, ce n’est pas mon genre. Combien mesurait-il ? 130 cm, ça, j’en suis certain. Mais c’est surtout le volume de ce poisson qui était impressionnant. J’aurais peut-être pu battre mon record de la saison : un brochet de 128,5 cm, toujours pris du bord et sur une petite canne… mais en France !
Bref, il faut continuer, et la suite sera plutôt sympa ! Vincent réalise quelques acrobaties dans les blocs rocheux et s’amuse avec de jolis poissons. De mon côté, perché sur un énorme rocher, j’ai la chance d’enchaîner deux magnifiques brochets : un 113 cm assez élancé, puis un 111 cm bien plus massif. Le premier succombe à un Vatalion 115 légèrement plombé, tandis que le second attaque à 70 mètres du bord un stickbait Slidog de chez Halco ! Je vais ainsi chercher mes poissons au milieu de la rivière.
Dommage de ne pas avoir emporté deux ou trois Deviant de chez Xorus… Ce sera pour une prochaine fois !
Malgré la joie de ces captures, il me reste une image en tête… et un petit regret.

Vincent, le I-Jack et les tourbières !
Nous irons à deux reprises pêcher un lac de tourbière particulièrement riche en brochets et en grosses perches. La progression est exigeante : beaucoup d’efforts, de déplacements et un véritable test pour nos leurres. L’eau est particulièrement sombre. Pour cibler nos deux carnassiers, j’opte d’abord pour un poisson nageur, le Realis 130. Nos cannes restent légères, avec notamment la Super Shoot Tenryu pour moi. Quelques touches de petits poissons sur les bordures, mais rien de fracassant. Sur un leurre similaire, Vincent peine également à trouver la solution.
Si la journée s’annonce simplement correcte, une chose est claire : nous ne sommes pas encore dans le vrai. Nous décidons donc de troquer les bavettes pour des approches plus subtiles ! Un Vatalion pour moi et un I-Jack pour mon pote.
Et là, le lac prend soudainement vie ! Les touches se multiplient, aussi bien sur les bordures que sur les zones plus ouvertes. Les grosses perches s’invitent même à la fête, avec une préférence marquée pour le Vatalion. Des poissons dépassant les 40 cm viennent récompenser nos changements d’approche. Cette session devient alors un véritable jeu d’observation et d’apprentissage autour du choix du leurre et de son animation. Vincent, lui, fait littéralement exploser la surface avec le I-Jack : les attaques sont tout sauf discrètes !
Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, mais dans cette partie de la Laponie, les poissons nageurs classiques semblent moins efficaces. Les BKS, pourtant habituellement redoutables, ne m’apportent que peu de résultats. Une situation étonnante qui nous pousse à faire confiance à des leurres que nous utilisons moins régulièrement en France. Une expérience particulièrement instructive. Dans ces eaux sauvages, les brochets affichent des robes d’une rare beauté. Pas de monstres au programme sur ces lacs, mais quelques poissons dépassant les 80 cm viennent tout de même ponctuer les sessions.
Tous ces leurres testés dans ces petits milieux se révéleront finalement très efficaces sur les grandes rivières, notamment dans les secteurs peu profonds et les recoins difficiles d’accès. Vincent, avec son I-Jack, sera notamment à l’origine de quelques attaques spectaculaires. Sur d’autres rivières, dans des secteurs plus profonds, le Mag Draft constituera également une excellente option pour rechercher les beaux poissons, avec notamment un joli brochet de 113 cm pour Vincent et plusieurs métrés à la clé pour nous deux.
De mon côté, mon fameux Slidog, pourtant pas spécialement destiné à la pêche du brochet, me rapportera de très beaux poissons. Associé à ma Diablo, il me permettra notamment d’aller chercher les attaques à des distances impressionnantes !

Parfois, au lodge, comme je me lève toujours très tôt, je vais lancer en toute décontraction dans le port naturel où sont ancrés les bateaux. Et là encore, c’est un véritable régal avant l’heure, entre deux cafés, avec quelques séries de touches amusantes dans ce cadre si particulier !
Le bilan sera excellent, du premier au dernier jour. Alban maîtrise parfaitement son territoire et sait nous orienter vers les bons secteurs pour les sessions du lendemain. Il est épaulé par deux guides français, Jean et Guillaume, aussi sympathiques que compétents. L’ambiance du soir autour du bar est conviviale… et peut même devenir très animée selon le nombre d’apéritifs ! Nous aurons capturé de nombreuses truites et de nombreux brochets, sans oublier les perches et les ombres. Un voyage qui appelle forcément un retour, presque une évidence !

