Dans cette pêche très particulière de gros poissons et d’eaux sombres, j’ai toujours donné comme premier conseil, le fait de travailler ses leurres lentement. Mais il ne suffit pas de mouliner tout doucement pour avoir une nage efficace. Il est impératif que le leurre utilisé développe une nage attractive. Pour illustrer ce chapitre important, je vais parler des poissons nageurs et plus spécialement des BKS 175 et BKS 150.

Avant de parler de notre récupération lente, je vais donner mon avis sur le matériel employé. J’utilise une canne assez longue pour la pêche du bord. Et son action doit être progressive. C’est-à-dire souple au départ mais avec une réserve de puissance intéressante. La Tenryu Furrary Machine Quattro en 2,70m et 80 lb est mon idéal. Elle permet de lancer loin des leurres comme les BKS qui ne font que 50/60 gr ! En sachant que j’ai une tresse de 80 lb. Cette canne assure lorsque les combats deviennent tendus. Mes 2 Quattro, issues de la première série, ont pris un millier de gros poissons chacune ! Et elles sont toujours là ! Une canne trop courte et/ou trop rigide ne permettra pas de ressentir les moindres vibrations d’un poisson nageur. Si mon BKS ne nage pas correctement, je le ressens tout de suite. C’est important.

Côté tresse je remplis mon moulinet, un Penn Authority 6500, de X Braid Castman Blue Special 86 lb. Cette tresse a une grande qualité face à l’abrasion, et au pays des bancs de sable, c’est déterminant sur les longues bagarres. Malgré un usage intensif et des situations tendues, une bobine de 300m me fait un mois. Sachant que j’utilise le recto/verso en rajoutant parfois un bout de backing. Il n’y a pas meilleur test côté fiabilité et longévité !
Le bas de ligne est un point délicat, pour la sécurité face aux tarpons il faut viser un shock leader de 200 lb minimum. Ce Nylon doit être d’aspect assez dur et d’un diamètre pas trop fin. Pour faire face aux différentes mâchoires ! En pointe je place un émerillon simple associé à un anneau brisé. C’est sur ce détail qu’il faut être attentif. L’anneau brisé doit rester libre dans l’œillet de l’émerillon et également dans l’armature du leurre. Si l’anneau brisé se positionne de travers ou se bloque parfois, le BKS sera inefficace car sa nage sera entravée par ces frottements. Donc du soin dans l’ensemble des montages est une bonne option.

Puis arrive le problème classique, l’armement du leurre… La plupart des pêcheurs veulent à tout prix utiliser des triples trop gros et en plus associés à des anneaux brisés volumineux. Le résultat est mauvais, et il ne faudra pas trop compter sur une touche ! C’est là qu’une canne sensible vous remet vite dans le droit chemin si votre assemblage n’est pas bon. Il en découlera de mauvaises sensations. Un poisson nageur doit répondre à la moindre sollicitation du pêcheur et de la canne. Dans ces pêches d’embouchure, la puissance du courant est à prendre en compte. En eau morte un poisson nageur mal armé évoluera plus ou moins correctement mais en plein courant, ce même leurre fera des embardées vers la surface et n’aura aucune chance d’être attaqué. Ce n’est pas parce que vous êtes à l’autre bout du monde que les gros poissons se jettent sur tout ce qui bouge, loin de là ! Les subtilités payent, et tant mieux ! Sur un BKS neuf, je garde les triples d’origine et si je veux les changer, je vais choisir une taille d’hameçon identique. Parfois d’une résistance légèrement supérieure. Par contre ce sont les deux anneaux brisés que je change. Pour du plus costaud ! En sachant que les anneaux brisés que je vais choisir doivent impérativement rester fluide dans les armatures du leurre et de l’émerillon.

Il arrive qu’après une grosse capture, le leurre ne se comporte plus comme d’habitude. Deux raisons peuvent en être la cause. Le leurre est percé, il se remplit d’eau et déséquilibre totalement la nage. Parfois l’armature au niveau des hameçons est légèrement tordue. Il suffit de la rectifier d’un petit coup de pince.

Maintenant que tout est soigneusement en place, arrive le travail du leurre ! Il est possible de régler la profondeur de nage et prenant le temps de laisser couler le leurre. Le BKS coule lentement mais ici au Gabon ça suffit ! Attendre 10 secondes semble anecdotique mais pourtant ça peut changer les résultats. Dans cette eau sombre, les fonds sont faibles, entre 1,50m et 4 m. Pas plus. N’oublions pas qu’un courant assez fort a tendance à faire remonter les leurres vers la surface, même les poissons nageurs, d’où l’intérêt de commencer la récupération le plus proche du fond. Car certaines espèces, comme le capitaine, aiment se nourrir sur le fond. Sans intention d’attaquer un leurre qui passe 2 mètres au-dessus de leur tête. Et sur la Nyanga, ce phénomène est encore amplifié ! Un BKS se laisse couler pick-up ouvert. Avec juste les doigts pour contrôler la tresse. Avec l’habitude, c’est une façon de faire qui devient automatique. Puis on attaque la récupération. D’entrée un petit coup de scion et de manivelle pour s’assurer que le leurre est en ordre de marche. Le but est de mouliner irrégulièrement, pour casser une nage trop régulière. Notre trajectoire sera composée de petits coups de scion, rien de nerveux associé à une manière de mouliner très lente. Plus on va lentement et plus on est obligé de travailler la récupération pour obtenir une trajectoire aguichante. Si vous vous contenter de mouliner lentement en linéaire, le BKS sera beaucoup moins provocateur. Notre leurre a besoin de faire quelques petites embardées pour déclencher une attaque. Les petites accélérations sont les bienvenues. Inclure deux ou trois stops est une bonne idée, des micros arrêts d’une seconde pas plus. La raison vient qu’une récupération lente entraine une tresse moyennement tendue à cause du courant et des vagues. Le ferrage devra être nettement appuyé ! Ne jamais oublier de ferrer instantanément et fermement. Il vaut toujours mieux exécuter un ferrage musclé, c’est-à-dire ferrer tout en moulinant pour obtenir une tension parfaite. Les ferrages à répétition ne servent pas à grand-chose si ce n’est rater des poissons ! Parfois lorsque les ratés se succèdent, il est intéressant d’essayer quelques récupérations plus rapides. Plus rarement, ça peut être la clé du succès. J’alterne également la pêche avec mes deux BKS, le 175 et le 150. La nage est légèrement différente, il faut parfois tester. Un détail qui s’ajoute à de la confiance peut mettre un pêcheur sur une belle réussite. Sur ces leurres légers pour une pêche en 80 lb, l’idée de basculer en 50 ou 60 lb se fait sentir, histoire de vouloir lancer plus loin. En fait en 50, 60 ou 80 lb, la distance de lancer reste plus ou moins la même. J’ai l’impression que les puissances de canne saturent devant des leurres légers. 50 à 60 mètres est une belle distance, 70 voir 80 c’est le bout du monde. Quelque soit la puissance de la canne. Reste qu’en 50 lb on se fatigue moins mais on est vulnérable face à un très gros poisson. Et sur la Nyanga, les très grosses captures sont fréquentes !

Lancer loin est une obsession de pêcheur et je n’y coupe pas. Ceci dit, mes multiples observations montrent que sur un très long lancer, les derniers mètres de récupération sont souvent bâclés, vite expédiés. Alors qu’un pêcheur qui ne lance pas très loin va soigneusement travailler son leurre jusque dans ses pieds. Et au Gabon, les derniers mètres peuvent rapporter du gros, vraiment très gros ! Lorsque le poste semble plus prometteur sur les 35/40 derniers mètres, je préfère ne pas lancer trop loin pour me concentrer sur la zone jugée intéressante. Un conseil rarement appliqué par mes pêcheurs ! Je me méfie aussi des gros courants qui entrainent notre BKS dans une dérive mal contrôlée. Lancer plus court est une solution. En fait, l’observation est un élément déterminant pour aligner une série de touche. Et puis sur les grandes plages de prospection, là où les postes ne sont pas marqués et où il faut couvrir du terrain, les lancers longs sont un plus. Et le courant est plus régulier que dans l’embouchure, ce qui ne gêne pas les récupérations qui viennent du large ! Et pour les amateurs d’écrans et d’électronique, n’oubliez pas que dans nos pêches à pieds, sur les rives de la Nyanga, le seul écran qu’il faut interroger, ce sont vos yeux et votre tête ! Et ça, j’adore !

